Nos constats

Nos constats

1. La concentration croissante du secteur de la distribution

On assiste depuis quelques années à une concentration verticale et horizontale croissante en France et en Europe. Pour preuve, dans la quasi-totalité des pays européens (à l’exception de la France), entre cinq et dix distributeurs contrôlent au moins 90% du marché des films.
Cette concentration du marché est étroitement liée à la domination des filiales de majors ou de groupes liés à celles-ci sur tous les marchés européens. Si l’on prend l’exemple des cinq principaux pays européens pour l’année 2005, les chiffres sont très significatifs : en France, les filiales de majors enregistrent environ 50% de part de marché, en Espagne 70%, en Allemagne 75%, au Royaume-Uni 80%.
De plus, de nouvelles formes de concentration émergent : les sociétés nationales s’associent à des studios américains pour renforcer leur poids économique, comme par exemple Gaumont et Columbia.
Les télévisions privées investissent les formes traditionnelles du cinéma et créent des filiales de distribution. C’est le cas en France, en Italie (01 Distribution, liée à la RAI et Medusa, liée à MEDIASET représentent à elles-deux 20% de part de marché)….
Ces filiales disposent d’une surface financière mobilisable très importante et d’une diffusion TV/ADSL acquise qui leur permettent de s’approvisionner directement en films. C’est pourquoi ces filiales n’ont aucun problème à récupérer les investissements effectués lors de la sortie salles puisqu’ils peuvent se revendre à eux-mêmes les films distribués autant de fois que nécessaire et aux prix qu’ils désirent.

La perspective de l’arrivée des grands groupes de télécommunication sur le marché n’est pas à exclure. Les télécoms sont en effet à la recherche de contenus et pourraient bien suivre l’exemple des télévisions dans un avenir proche. France Télécom a d’ores et déjà annoncé la création d’une filiale de production.

En France, les 20 premiers distributeurs distribuent 58% des films, ont une part de marché de 97% et regroupent 93% des copies.


2. La dégradation des conditions d’exposition des films

Le constat fait par tous les distributeurs indépendants aujourd’hui est le même en France et en Europe.

Une rotation des films accélérée

En France la fréquentation stagne, le nombre de films (+38% entre 1996 et 2005) et le nombre de copies (+105% entre 1996 et 2005) connaissent une inflation sans précédent ce qui provoque mécaniquement un raccourcissement de la durée de vie en salles des films les plus fragiles, phénomène renforcé par la part de marché croissante des multiplexes (51% en 2005) et l’introduction des cartes illimitées depuis 2000.
De plus, on assiste à une augmentation de la concentration des sorties : en 2005, on compte 24 semaines au cours desquelles les films en première exclusivité mobilisent 30% au moins des écrans français (5366) et 3 semaines où les premières exclusivités ont occupé plus de 40% des écrans.
En 2005 on compte 16 semaines qui offrent au moins 12 nouveaux films (contre 2 en 1996) et 16 semaines qui offrent au moins 6 nouveaux films français (contre 3 en 1996).
10 semaines de 2005 mobilisent, pour les films en première et seconde semaine d’exclusivité, plus de 2/3 des écrans.
Chaque semaine, c’est une douzaine de films qui sortent sur nos écrans pour n’y rester que deux voire une semaine : le bouche à oreille n’a plus le temps de s’installer et le public n’a plus le temps de voir les films car la rotation des films d’accélère.
C’est ce qui explique qu’en 2005, 2/3 des films FRANÇAIS ont réalisé moins de 100 000 entrées, 55% des films français moins de 50 000 entrées et 43% des films français moins de 20 000 entrée. Ainsi, si on peut se réjouir que la fréquentation remonte en 2006, il faut cependant avoir conscience du fait que cette fréquentation est captée principalement par une très petite minorité de films lancés avec des moyens marketing colossaux.

L’inflation des frais de sortie

Enfin la concentration a pour effet une inflation galopante du montant des frais de sortie des films. Les dépenses publicitaires brutes du cinéma sont passées de 129 à 291M€ entre 1998 et 2004 soit une augmentation de 125%. Ce sont surtout les dépenses liées aux investissements publicitaires en salles qui ont explosé : entre 1998 et 2004, elles ont été multipliées par 13 et sont passées de 2,75M€ à 34,05M€.
Cette inflation s’explique :
- d’une part par la commercialisation de plus en plus accentuée de tous les leviers de promotion dans les salles (passage des bandes annonces, affichage préventif dans les salles…),
- d’autre part par le fait que les groupes (circuits, majors, filiales de chaînes TV) mettent en place une stratégie d’offre saturante pour envahir le marché pendant les quelques semaines où leurs films sont à l’affiche.
- enfin, par le fait que les filiales de distribution des chaînes TV et bientôt les filiales des groupes de télécommunication (qui investissent aujourd’hui les contenus) disposent, comme nous l’avons vu, d’une surface financière mobilisable très importante et d’une diffusion TV/ADSL acquise. Les dépenses promotionnelles réalisées autour de la sortie d’un film n’ont alors plus aucun lien avec la rentabilité du film en salles. Or les distributeurs indépendants ne peuvent rivaliser avec la force de frappe publicitaire des groupes intégrés ; pourtant, les films qu’ils défendent sont plus fragiles et nécessitent d’autant plus d’exister au travers de la promotion. Face à ces distorsions de concurrence et ces abus de position dominante caractérisés, la prise de risque du distributeur indépendant devient alors immense.

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